Je suis ici pour créer une histoire que j’ai déjà écrite trois fois. Cette fois-ci, c’est la dernière et je vais la publier quelque part. Voilà. C'est la troisième fois que je l'écris. Cette fois-ci devrait être la bonne.
En route vers cette famille, je repense à cette conversation que la femme et moi avons eue. Les cris puis le silence lorsqu’elle a répondu. Elle semblait savoir qui j’étais:
Oui… elle me répondait en monosyllabes
oui: elle a eu un bébé
Oui: elle a d’autres enfants
oui: deux autres
Oui: elle a peur et a besoin d’aide
oui: appelez le 911
Oui: vous avez la bonne adresse.
Oui: venez m’aider.
Le 911 est appelé.
Ma boss aussi: j'ai trouvé la boîte vocale et c'est tant mieux!
Quelques minutes plus tard, mes doigts tapotent sur le volant pendant que je m’impatiente devant les règlements: limite de vitesse, 40km/heures. Stop. Arrêt: les enfants de la garderie traversent. Feu rouge. Limite de vitesse en zone pars et scolaire: 40 km/heure. Bon yenne! Ça va tu finir!
Je connais cette adresse. C’est ma troisième visite dans cette maison. La troisième famille que je rencontrerai là-bas. À chaque visite, de nouvelles personnes, une nouvelle déco, ce nouvelles senteurs, des nouvelles énergies, un nouveau bonheur avec un nouveau nouveau-né. Cette fois-ci, ce sera différent, je le sais. Quelque chose ne tournait pas rond quand j'ai téléphoné. Des cris puis un silence de mort pendant qu'elle me répondait sèchement avec un ton inquiet.
Le barrage policier et les gyrophares m'annoncent que j'y suis presque. Je me stationne loin loin. Ma trousse encombrante me semble plus lourde que d’habitude: ah oui! j’ai ajouté de quoi soigner les grosses plaies, même si je sais très bien que chaque voiture et chaque camion sur les lieux
transporte une trousses 100 fois mieux garnie que la mienne.
- Bonjour, je suis l’infirmière du CLSC. C'est moi qui vous ai appelé. Je peux aller voir? Y’a un très jeune bébé et deux autres enfants dans la maison.
- non, ma chère madame. Je pense pas que vous pourrez.
- S’il vous plait...
La policière tourne la tête sur son petit microphone puis me regarde:
- C’est votre jour de chance: ils veulent vous parler! en levant le ruban pour me faire traverser.
Je m’approche. My god: mon sac est tellement lourd! Comme si j’avais été entendue, un autre policier libère mon épaule:
- Je m’en occupe.
- C’est gentil mais je suis habituée.
- C'est la procédure, me lance une autre dame.
Bon. Si vous le dites. Je lui réponds par un sourire.
Elle se présente : Enquêtrice responsable pour aujourd’hui. Comment ai-je connu cette dame?
- Procédure habituelle après la naissance d’un bébé: on nous envoie une Déclaration de naissance vivante et nous contactons toutes les mères pour ensuite aller les voir. J'ai téléphoné chez elle comme Je l'aurais fait pour une autre.
Je continue: Je connais cette maison: il y a une petite armoire sous l’escalier principal. Le garage et le sous-sol sont spacieux. Une garde-robe communique entre la chambre des maîtres et une autre chambre. Les enfants peuvent être cachés n’importe où: les avez-vous trouvés? Faut les trouver, tous les trois.
Non, elle refuse que j’entre car il y a trop de sang.
Euh... vous avez oublié que je suis infirmière et que j’en ai vu d’autres.
- Madame, ça va sentir autre chose que le petit bébé neuf, je le sais. Ce que j’ai entendu quand elle a décroché, c’était violent.
Oui mais elle ne veut pas me traumatiser.
- Racontez-moi d’abord et je déciderai.
Du sang, des morts. Pas de bébé ni d’enfants.
- Vous devez les trouver. Ils sont là, cachés quelque part. Je vais aller voir pour vous aider à les trouver.
Non. Pas possible.
J’insiste. Finalement, on me laisse me couvrir et on m’accompagne. L’odeur métallique du sang monte à travers mon masque. Des énergies errent dans la pièce: mon âme monte sa barricade toute blanche pour se protéger. Une sensation inhabituelle et trop ésotérique à mon goût. Je ne m’y habituerai jamais. Nouvelles personnes mortes, nouvelle déco sanguinolente, nouvelles senteurs, nouvelles énergies errantes, et un nouveau-né qui n'a plus sa mère.
Je les vois: une femme assise sur le divan, des hommes couchés par terre. Chacun regarde devant soi. Du sang partout. Pas d’enfants. Ils sont vivants. Je le sais sans savoir pourquoi. Non, je ne flancherai pas: je respire.
- Ça va madame?
Oui, merci, je vais bien.
Un coup de fouet mental me fait perdre toute humanité. Ma tête me dicte que j’ai une job à faire. Je scrute la pièce. La femme regarde le vide devant elle: quelque chose me chicote.
- Ah voilà! dis-je bien fort. Regardez, les petites pattes roses: elle bouge!
Je viens de trouver son bébé: la mère, assise sur elle, l'avait prise en étau entre le dossier et ses fesses. On bouge la mère, puis on me remet le bébé. Elle respire et cherche: elle a faim. Dire qu'elle aurait pu mourir dans ce trou!
Dis adieu à ta mère: on sort d’ici toi et moi. "Avez-vous trouvé de la préparation ? Je vais en avoir besoin pour la petite."
Je ne suis même pas rendue à la porte qu’on me remet un ziploc avec tout ce qu’il faut. Je regarde la petite dans les yeux: "Rosalie, on va te trouver une autre mère parce que celle qui t’a mise au monde sera dans ton coeur. Pour toujours."
Je me retourne vers la policière qui m'accompagne depuis mon entrée : "les enfants sont ici: trouvez-les s’il vous plait." Je reçois ces regards noirs des enquêteurs derrière elle.
- Euh… j’ai confiance que vous les trouverez ! dis-je en souriant. Vite je m’éclipse pour prendre un peu d’air frais. La policière me suit encore. Je me tourne vers elle: "Seriez-vous capable de trouver un vêtement à l’odeur de la femme s’il vous plait? Non, trois morceaux: les deux autres en auront besoin."
- Euh.. je sais pas.
- Même des bobettes propres feront l’affaires mais ce serait mieux un chapeau ou un foulard. Ça fera des doudous plus convenables.
- Bonne idée.
Elle retourne puis revient aussi vite avec un butin. Wow!
- Vous avez été bonne, madame: je vous pensais pas si capable.
- Je vous le dis: j’en ai vu d’autres mais ça, je vous confirme que ça va faire partie de mes top 5.
Elle me guide vers une camionnette où m'attend mon sac. Je devrais peut-être la peser… bof. Non. Mon instinct me dicte de la réconforter plutôt que la bousculer encore sur ce plateau mouvant, dur et froid.
Ses frères arrivent: 3 et 6 ans. selon le policier qui les accompagne. Après avoir humé longtemps, le plus vieux me sourit puis pleure: je lui offre un morceau de maman. "Maman!" Au même moment, la petite Rosalie tourne sa tête vers son grand frère: "Regarde, elle est contente de te retrouver!" Je les prends les trois sur mes genoux. Le petit de 3 ans reste au sol: il est méfiant. On le comprend après ce qu'il a vu. Il a besoin de digérer tout ça. Il prend quand même un morceau de sa maman et le colle près sur sa joue.
Une jeune femme se présente à moi: C'est la travailleuse sociale. Elle dit qu’elle fera son possible pour que les enfants restent ensemble. Comme une grand-mère qui sait tout, je la sermonne, sur la théorie de l’attachement et combien ils ont besoin d’être ensemble, de se sentir en confiance, de rester avec les adultes de confiance pour éviter de mal tourner comme tous ces jeunes qui la font travailler à la Protection de l’enfance. Je sens son jugement et sa frustration peser dans son regard noir. Oups, je l'ai insulté. Je m’excuse puis fais mes adieux aux enfants. Le petite pleure. Encore. Elle n'a pas fini de pleurer!
Comme une fée marraine, je leur souhaite une belle vie riche et bonne avec eux, un avenir plus heureux que ce passé de ce matin. Le grand me sourit comme si sa joue avait attrapé au vol un baiser papillon sur sa joue. Dans le fond de mon coeur, je leur en ai envoyé un à chacun.
En retournant à ma voiture, j’ai le sentiment d’avoir peut-être été utile. Un peu. Même si j'ai encore la peur au ventre de l'appel une heure plus tôt. Seulement une heure... déjà.
- Madame, vous allez bien? me dit l’enquêtrice en me rattrapant: elle me donne sa carte. Si vous avez un problème avec ce que vous avez vu, je vous trouverai de l’aide, me dit-elle.
Merci: je devrais être correcte mais on sait jamais. Il y a quelques semaines, je revoyais encore les images de cette femme que j'avais trouvée morte chez elle. Ça se pourrait que celle-ci me dérange plus encore...
Épilogue
Les années passent. Leur souvenir s’est estompé bien que, parfois, je me demande ce que sont devenus ces enfants. La semaine dernière, un appel les a ramenés plus près dans ma mémoire. On s'est donné rendez-vous dans la salle d’un restaurant. Aujourd'hui, je vais à leur rencontre. Des adultes, des enfants et deux personnes dont la travailleuse sociale. Ils voulaient me remercier de les avoir protégés et sauvés. Elle les a adoptés et ils ont maintenant leur progéniture à eux. Bonheur!
En route vers cette famille, je repense à cette conversation que la femme et moi avons eue. Les cris puis le silence lorsqu’elle a répondu. Elle semblait savoir qui j’étais:
Oui… elle me répondait en monosyllabes
oui: elle a eu un bébé
Oui: elle a d’autres enfants
oui: deux autres
Oui: elle a peur et a besoin d’aide
oui: appelez le 911
Oui: vous avez la bonne adresse.
Oui: venez m’aider.
Le 911 est appelé.
Ma boss aussi: j'ai trouvé la boîte vocale et c'est tant mieux!
Quelques minutes plus tard, mes doigts tapotent sur le volant pendant que je m’impatiente devant les règlements: limite de vitesse, 40km/heures. Stop. Arrêt: les enfants de la garderie traversent. Feu rouge. Limite de vitesse en zone pars et scolaire: 40 km/heure. Bon yenne! Ça va tu finir!
Je connais cette adresse. C’est ma troisième visite dans cette maison. La troisième famille que je rencontrerai là-bas. À chaque visite, de nouvelles personnes, une nouvelle déco, ce nouvelles senteurs, des nouvelles énergies, un nouveau bonheur avec un nouveau nouveau-né. Cette fois-ci, ce sera différent, je le sais. Quelque chose ne tournait pas rond quand j'ai téléphoné. Des cris puis un silence de mort pendant qu'elle me répondait sèchement avec un ton inquiet.
Le barrage policier et les gyrophares m'annoncent que j'y suis presque. Je me stationne loin loin. Ma trousse encombrante me semble plus lourde que d’habitude: ah oui! j’ai ajouté de quoi soigner les grosses plaies, même si je sais très bien que chaque voiture et chaque camion sur les lieux
transporte une trousses 100 fois mieux garnie que la mienne.
- Bonjour, je suis l’infirmière du CLSC. C'est moi qui vous ai appelé. Je peux aller voir? Y’a un très jeune bébé et deux autres enfants dans la maison.
- non, ma chère madame. Je pense pas que vous pourrez.
- S’il vous plait...
La policière tourne la tête sur son petit microphone puis me regarde:
- C’est votre jour de chance: ils veulent vous parler! en levant le ruban pour me faire traverser.
Je m’approche. My god: mon sac est tellement lourd! Comme si j’avais été entendue, un autre policier libère mon épaule:
- Je m’en occupe.
- C’est gentil mais je suis habituée.
- C'est la procédure, me lance une autre dame.
Bon. Si vous le dites. Je lui réponds par un sourire.
Elle se présente : Enquêtrice responsable pour aujourd’hui. Comment ai-je connu cette dame?
- Procédure habituelle après la naissance d’un bébé: on nous envoie une Déclaration de naissance vivante et nous contactons toutes les mères pour ensuite aller les voir. J'ai téléphoné chez elle comme Je l'aurais fait pour une autre.
Je continue: Je connais cette maison: il y a une petite armoire sous l’escalier principal. Le garage et le sous-sol sont spacieux. Une garde-robe communique entre la chambre des maîtres et une autre chambre. Les enfants peuvent être cachés n’importe où: les avez-vous trouvés? Faut les trouver, tous les trois.
Non, elle refuse que j’entre car il y a trop de sang.
Euh... vous avez oublié que je suis infirmière et que j’en ai vu d’autres.
- Madame, ça va sentir autre chose que le petit bébé neuf, je le sais. Ce que j’ai entendu quand elle a décroché, c’était violent.
Oui mais elle ne veut pas me traumatiser.
- Racontez-moi d’abord et je déciderai.
Du sang, des morts. Pas de bébé ni d’enfants.
- Vous devez les trouver. Ils sont là, cachés quelque part. Je vais aller voir pour vous aider à les trouver.
Non. Pas possible.
J’insiste. Finalement, on me laisse me couvrir et on m’accompagne. L’odeur métallique du sang monte à travers mon masque. Des énergies errent dans la pièce: mon âme monte sa barricade toute blanche pour se protéger. Une sensation inhabituelle et trop ésotérique à mon goût. Je ne m’y habituerai jamais. Nouvelles personnes mortes, nouvelle déco sanguinolente, nouvelles senteurs, nouvelles énergies errantes, et un nouveau-né qui n'a plus sa mère.
Je les vois: une femme assise sur le divan, des hommes couchés par terre. Chacun regarde devant soi. Du sang partout. Pas d’enfants. Ils sont vivants. Je le sais sans savoir pourquoi. Non, je ne flancherai pas: je respire.
- Ça va madame?
Oui, merci, je vais bien.
Un coup de fouet mental me fait perdre toute humanité. Ma tête me dicte que j’ai une job à faire. Je scrute la pièce. La femme regarde le vide devant elle: quelque chose me chicote.
- Ah voilà! dis-je bien fort. Regardez, les petites pattes roses: elle bouge!
Je viens de trouver son bébé: la mère, assise sur elle, l'avait prise en étau entre le dossier et ses fesses. On bouge la mère, puis on me remet le bébé. Elle respire et cherche: elle a faim. Dire qu'elle aurait pu mourir dans ce trou!
Dis adieu à ta mère: on sort d’ici toi et moi. "Avez-vous trouvé de la préparation ? Je vais en avoir besoin pour la petite."
Je ne suis même pas rendue à la porte qu’on me remet un ziploc avec tout ce qu’il faut. Je regarde la petite dans les yeux: "Rosalie, on va te trouver une autre mère parce que celle qui t’a mise au monde sera dans ton coeur. Pour toujours."
Je me retourne vers la policière qui m'accompagne depuis mon entrée : "les enfants sont ici: trouvez-les s’il vous plait." Je reçois ces regards noirs des enquêteurs derrière elle.
- Euh… j’ai confiance que vous les trouverez ! dis-je en souriant. Vite je m’éclipse pour prendre un peu d’air frais. La policière me suit encore. Je me tourne vers elle: "Seriez-vous capable de trouver un vêtement à l’odeur de la femme s’il vous plait? Non, trois morceaux: les deux autres en auront besoin."
- Euh.. je sais pas.
- Même des bobettes propres feront l’affaires mais ce serait mieux un chapeau ou un foulard. Ça fera des doudous plus convenables.
- Bonne idée.
Elle retourne puis revient aussi vite avec un butin. Wow!
- Vous avez été bonne, madame: je vous pensais pas si capable.
- Je vous le dis: j’en ai vu d’autres mais ça, je vous confirme que ça va faire partie de mes top 5.
Elle me guide vers une camionnette où m'attend mon sac. Je devrais peut-être la peser… bof. Non. Mon instinct me dicte de la réconforter plutôt que la bousculer encore sur ce plateau mouvant, dur et froid.
Ses frères arrivent: 3 et 6 ans. selon le policier qui les accompagne. Après avoir humé longtemps, le plus vieux me sourit puis pleure: je lui offre un morceau de maman. "Maman!" Au même moment, la petite Rosalie tourne sa tête vers son grand frère: "Regarde, elle est contente de te retrouver!" Je les prends les trois sur mes genoux. Le petit de 3 ans reste au sol: il est méfiant. On le comprend après ce qu'il a vu. Il a besoin de digérer tout ça. Il prend quand même un morceau de sa maman et le colle près sur sa joue.
Une jeune femme se présente à moi: C'est la travailleuse sociale. Elle dit qu’elle fera son possible pour que les enfants restent ensemble. Comme une grand-mère qui sait tout, je la sermonne, sur la théorie de l’attachement et combien ils ont besoin d’être ensemble, de se sentir en confiance, de rester avec les adultes de confiance pour éviter de mal tourner comme tous ces jeunes qui la font travailler à la Protection de l’enfance. Je sens son jugement et sa frustration peser dans son regard noir. Oups, je l'ai insulté. Je m’excuse puis fais mes adieux aux enfants. Le petite pleure. Encore. Elle n'a pas fini de pleurer!
Comme une fée marraine, je leur souhaite une belle vie riche et bonne avec eux, un avenir plus heureux que ce passé de ce matin. Le grand me sourit comme si sa joue avait attrapé au vol un baiser papillon sur sa joue. Dans le fond de mon coeur, je leur en ai envoyé un à chacun.
En retournant à ma voiture, j’ai le sentiment d’avoir peut-être été utile. Un peu. Même si j'ai encore la peur au ventre de l'appel une heure plus tôt. Seulement une heure... déjà.
- Madame, vous allez bien? me dit l’enquêtrice en me rattrapant: elle me donne sa carte. Si vous avez un problème avec ce que vous avez vu, je vous trouverai de l’aide, me dit-elle.
Merci: je devrais être correcte mais on sait jamais. Il y a quelques semaines, je revoyais encore les images de cette femme que j'avais trouvée morte chez elle. Ça se pourrait que celle-ci me dérange plus encore...
Épilogue
Les années passent. Leur souvenir s’est estompé bien que, parfois, je me demande ce que sont devenus ces enfants. La semaine dernière, un appel les a ramenés plus près dans ma mémoire. On s'est donné rendez-vous dans la salle d’un restaurant. Aujourd'hui, je vais à leur rencontre. Des adultes, des enfants et deux personnes dont la travailleuse sociale. Ils voulaient me remercier de les avoir protégés et sauvés. Elle les a adoptés et ils ont maintenant leur progéniture à eux. Bonheur!
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